30 Août 2006
Afin de d’identifier dans le foisonnement d'informations quelle est la stratégie de Google et consorts, donnons-nous une vision historique du marché des services de recherche.
A l’origine de Yahoo !(1996) et de Google (1998), il y a une volonté certaine d’organiser le web afin d’en permettre sa démocratisation. Mais la croissance du web est exponentielle. Les investissements deviennent pharaoniques et les revenus restent modestes. La vente de bannières publicitaires ne suffit pas. Le marché de la recherche est sous perfusion, alimenté par les subsides de quelques grands portails, eux même à la recherche de leur modèle économique.
En juin 1999, alors que les investisseurs commencent à douter de la capacité des moteurs de recherches a rentabiliser leurs investissements, Google lève 25 millions de dollars en capital ! Cet évènement à contre courant me laisse penser qu’une stratégie économique à long terme claire et ambitieuse était déjà échafaudée chez Google. Je dirai même plus, les investisseurs ont jugé cette stratégie comme sacrément convaincante.
Décembre 2001 Altavista annonce que l’indexation de nouveaux sites dans son index sera désormais payante. La société de Palo Alto sera rapidement suivie dans cette voie par Yahoo!, Inktomi, Voilà, Looksmart et bien d’autres. Le monde des annuaires et des moteurs de recherche pense enfi tenir là le premier pilier de sa stabilité financière. Malheureusement, le succès commercial n’est pas au rendez-vous. Les paid inclusion ne se vendent pas, pour deux raisons principales. D’une part, les entreprises (principales visées) ont pris l’habitude de voir leurs sites commerciaux indexés gratuitement. Elles rechignent alors à payer jusqu’à 250$ chez Yahoo! pour ce service. D’autre part, Google qui connaît un succès croissant joue les francs tireurs et maintien une indexation 100%gratuite.
Depuis le début, Google cultive son image d’entreprise guidée par la nétiquette. Son leitmotiv « Don’t do evil. » -ne faites pas le mal- est d’un manichéisme tout américain, mais symbolise bien l’identité construite par la société de Moutain View. La tentative des concurrents de faire payer l’indexation va incroyablement populariser et magnifier la marque Google.
Forte de son argent frais, Google peut se permettre de rester 100% gratuit. L’argumentation est imparable : « chez Google, la pertinence des résultats est placée au dessus de toute autre préoccupation ». Et en effet, les résultats d’un moteur de recherche ne peuvent être pertinents que si son index récence un maximum de pages web. Ainsi, en plus de sa réputation croissante de moteur de recherche surdoué ; Google deviens le porte étendard du web libre et tourné vers la recherche d’information.
C’est le début de la Googlemania. Elle gagne d’abord les webmasters et les référenceurs.Trop heureux de pouvoir échapper aux outils de recherche payant, ils recommandent Google à longueur de pages web. On voir fleurir sur de nombreux sites des formulaires de recherche Google. La Googlemania s’étend rapidement à toute la communauté des internautes. L’indexation payante (sous cette forme tout au moins) est morte. Pire encore, Google à profité de cette tentative pour conquérir de larges parts de marchés et pour se forger une image de chevalier blanc.
Beaucoup d’outils de recherche ne survivront pas à cet échec de la Paid Inclusion. L’indexation était pour nombre d’entre eux la dernière chance de trouver grâce auprès de leurs investisseurs. Ainsi, beaucoup d’acteurs du marché de la recherche web plieront boutique, d’autres deviendront moribonds pour quelques années (Altavista, Hotbot, Excite, Francité...).
Parallèlement à la croissance de ses parts de marché sur la recherche, Google a lance progressivement entre 2000 et 2002 son programme Adwords. Celui-ci permet à Google d’afficher sur ses pages de résultats des publicités liées au mot-clé de la recherche. Associés à une facturation au clic (Coût Par Clic) c’est une révolution majeure. Ce nouveau modèle publicitaire permet une qualité de ciblage jamais atteinte jusque là. Google génère rapidement des revenus colossaux. Les concurrents ne resteront pas pris de cours trop longtemps.
Des régies indépendantes (qui ne s’appuient pas sur un moteur de recherche grand public) comme Overture ou Espotting se lancent dans l’aventure de la publicité contextuelle au CPC. Yahoo, MSN et d’autres intègrent rapidement des solutions tierces pour ne pas perdre de temps pendant qu’ils préparent la riposte.
Google ne s’est pas contenté d’afficher des publicités contextuelles dans les pages de résultats de son moteur. Cette offre est bientôt complétée par le programme Adsense, qui permet de déporter l’affichage des publicités contextualisées sur d’autres sites web que Google. Ce faisant, Google a d’ailleurs permis la survie financière de multitudes de sites web fournissant un contenu gratuit. C’est là une autre innovation de Google... innovation qui n’a pas fini de faire des petits.